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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 10:28

 

        Saviez-vous qu'Elzéard bouffier avait fait des émules ?
        
        
         Voici une histoire toute simple.....celle de l'Agnès de Bourne....une femme qui plantait des arbres.....







          - Qu'est ce que tu tarbustes ?
          - Tu le vois....je samène

     C'était le terme patois pour le verbe semer, mais "saméner" était plus profond. Ce mot en trois syllabes parlait mieux que "semer " de l'engrossement de la terre par l'intermédiaire de l'homme. Il donnait à celui-ci la seule importance qu'il méritât. Il passait moins légèrement sur cet acte essentiel.

         - Mais qu'est ce que tu samènes tant ?
         - Des roules, avoua l'Agnès tête basse.

     Elle aurait dit des chênes que ça n'aurait pas eu la même force, mais un "roule" qui était l'altération de "rouvre" l'ancien nom du chêne, voilà qui parlait autrement à l'innocence de Blanche.....

        - Qu'est ce que tu me chantes ? dit celle-ci. J'ai essayé peut-être cent fois d'en semer un ! J'y suis jamais arrivée !
        - Parce que tu fais ça barque à travers ?
        - Coumo je fais ça barque à travers ?
        - De tout sûr ! Comment tu t'y prends ?
        - Bè je fais un trou comme toi !
        - Tu fais un trou ? A quelle profondeur ? Et quand tu l'as fait, tu as pensé à y mettre d'abord un peu de mousse de terre au fond ? Que la racine elle trouve pas tout de suite une grosse pierre sous elle ?
        - Et comment c'est la mousse de terre ?
        - Tu émiettes une motte et tu la fais couler d'une main dans l'autre et de ta main libre tu tries les petits cailloux comme tu fais pour les lentilles dans l'assiette.
        - Oh ben alors ! dit la Blanche découragée.
        - Et la chaleur ? Tu as pensé à la chaleur ? Moi, les glands, je les mets bien contre mon ventre devant le devantier, d'abord ça leur tient chaud et ensuite ça les fait transpirer. Alors comme ça tu as une chance sur dix pour qu'ils prennent racine.
        - Oh ben alors ! répéta la Blanche.
        - Et la lune ? Tu as pensé à la lune ? Parce ce que si tu as pas pensé à la lune si la lune est dans le ciel même en plein jour, c'est pas la peine.
        - Oh ben alors ! dit encore la Blanche atterrée.
        - Tu voudrais en avoir des chênes ?
        - Sûr que.... 





















     ....." Alors on vit se lever quantité d'hommes et de femmes qui se moquaient éperdument que cette histoire soit vraie ou fausse puisqu'ils avaient envie d'y croire.
      L'humanité, en ce temps-là, avait tellement plus besoin d'arbres que de pétrole que même les potentats en smoking qui faisient et défaisaient les réputations s'en étaient avisés.....

     ......Il ne s'agissait plus de savoir si Elzéard Bouffier était décédé ou non à l'hôpital de Banon mais, grâce à cette histoire, l'humanité avait pris conscience de l'existence des arbres et que, foin de tout pragmatisme, s'ils cessaient d'exister, elle cesserai de vivre.

     L'Agnès de Bourne mourut un soir dans son lit, au beau milieu du signe de la croix. Quand on la découvrit, son bras esquissait le dernier geste de sa dévotion. Toute sa vie, prosternée devant les nuits et les jours, elle avait obéi humblement à la nature du monde. Elle n'avait jamais été résignée mais consentante à cet ordre qu'elle savait avoir été voulu par Dieu.

     Comme elle tous les semeurs de chênes du nord de Manosque sont morts avec simplicité au fil du temps et sans laisser de trace, dans le secret promis au poète.

      Je viens souvent le soir revivre le passé parmi ces plateaux de Manosque. J'aime les fermes mortes à l'égal des cimetières. Parfois, facilitant d'entendre les voix qui chantaient autrefois, une brise qui chuchote à peine se lève et palpite et s'harmonise au silence. Ce sont les jeunes arbres de soixante ans à peine qui s'expriment à l'orée du ciel. Pour que ceux-ci se transforment en une forêt qui appelera les orages, un siècle encore sera nécessaire. Mais l'espèce humaine peut compter sur eux pour entendre un jour la pluie bienveillante s'alentir sur leurs feuillages.





                                   Pierre Magnan       " L'Agnès de Bourne "










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commentaires

Nathalie 26/11/2009 21:04


belle histoire ...


emmanuel 17/11/2009 14:48


encore une belle histoire qui nous ramène à l'essentiel.


Njel 15/11/2009 10:47


Dans le même esprit, mon coiffeur me racontait hier qu'il vit à côté d'une dame très agée qui a perdu son mari cet été, et chaque voisin va dîner chez elle à tour de rôle afin qu'elle ne soit pas
seule. Espoir...


flo 14/11/2009 12:15


c'est la merveilleuse simplicité de la vie de ces gens ...qui la rend si extraordinaire à nos yeux habitués au spectaculaire!


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